Récit de Jacqueline Cousinié

En 1970, lorsque nous sommes arrivés à Tournefeuille, le quartier était une zone semi-rurale d'élevage laitier, de vignes et d'un peu de cultures maraîchères, relié au village ( 5000 hab.!) par la seule avenue du Marquisat. L'avenue Maréchal Leclerc et le pont sur le Touch n'avaient pas encore été établis. Les seules maisons existantes étaient les bâtiments de fermes du Grand et du Petit Marquisat de part et d'autre de l'avenue du même nom, quelques hangars artisanaux dispersés autour de la rue de Passerive et des maisons d'habitation d'un seul côté le long du chemin de la Ramée (de l'autre côté les bâtiments actuels de la Socamil existaient déjà sous l'enseigne « Escoulan » ), des maisons aussi à l'entrée de la rue de Passerive, des habitations autour de la rue de Grenouillette.

On pouvait distinguer quatre zones :

1- Un ensemble expérimental d'insémination artificielle s'étendait entre le Touch, l'actuelle avenue du Maréchal Leclerc (inexistante alors), l'avenue du Marquisat et le chemin conduisant  à l'actuelle entreprise d 'électricité Eisenger. Le bâtiment principal de l'actuelle résidence du 3ème âge existait déjà avec l'apparence qu'il a conservée, c'était le centre d'élevage et d'expérimentation sur les taureaux; lorsque le vent du Nord soufflait l'ensemble du quartier « bénéficiait » des effluves de fumier et des meuglements du bétail!
Le chemin qui conduit actuellement à l'entreprise d'éléctricité Eisenger aboutissait alors en bordure du Touch à une ferme expérimentale d'élevage d'oies qui revendait dans des fermes de tout Midi-Pyrénées des oisons à engraisser puis à gaver.
Tout cet ensemble expérimental dépendait du Ministère de l'Agriculture .

2- L'actuelle propriété du « Grand Marquisat » était une exploitation agricole appartenant à M. et Mme Maurel (aujourd'hui décédés) héritiers de Mme Irma Brunet-Faure, mère de Mme Maurel. Les terrains de la ferme s'étendaient aussi de l'autre côté de l'avenue du Marquisat (lotissements actuels des Vignes I et II) ainsi que de part et d'autre de l'actuelle rue Chantebrise; matin et soir les vaches laitières traversaient l'avenue du Marquisat pour aller paître dans les prés de tous ces lotissements actuels; au passage, Angel, le garçon-vacher déposait les pots d'aluminium remplis de lait frais sur les piquets des quelques villas avoisinantes, directement du producteur au consommateur! Certains hivers particulièrement pluvieux les rares habitants alentours découvraient ces prés inondés par une brusque crue de l'Osseau; il fallût attendre 1975 pour que ce désagrément disparût après l'installation de quelques écluses au bord de l'Osseau.

3- La propriété du « Petit Marquisat », héritée par l'ancien maire de Tournefeuille Bernard
Audigé de sa mère Mme Dandrieu, s'étendait de part et d'autre de l'actuelle rue des Graves jusqu'à la rue de Passerive; l'entrée de la propriété se situait comme maintenant sur l'avenue du Marquisat face à la propriété du « Grand Marquisat ». M. Audigé, en plus de ses responsabilités politiques (maire, conseiller général ) et professionnelles (président de la Chambre d'Agriculture), était viticulteur, l'ensemble de l'exploitation était donc entièrement planté de vignes. La production n'avait rien d'un grand cru... Peu à peu il vendit quelques terrains entre le chemin de la Ramée et la rue des Graves pour les premières villas à la fin des années 60. Au début des années 70, il intensifia la vente en lotissement de part et d'autre de la rue des Graves (dont le nom rappelle la première vocation viticole de cette zone) et de la rue de l'Oustalet (ainsi nommée car un peu plus loin dans l'actuel lotissement des Vignes I se trouvait un vieux  bâtiment de ferme appelé l'Oustalet -petite maison en occitan) . Au fur et à mesure de la construction des maisons du lotissement, les vignes n'étaient arrachées que lorsque les vendanges étaient terminées sur le terrain, aussi pour certains jardins,  la vigne tînt lieu de premier gazon! M. Audigé, pour la peine, donnait alors un petit tonnelet de la récolte (cela faisait un excellent vinaigre ...) .
La rue des Graves était encore une impasse qui s'arrêtait sur une petite placette bornée par le transformateur électrique toujours présent, de là partait un petit sentier qui longeait les dernières vignes et permettait d'atteindre l'avenue du Marquisat (d'où la servitude actuelle au passage du petit muret  à travers la propriété Audigé). La rue des Graves fût complètement terminée lors de la constructions des « Vignes I » et reliée alors à la rue Irma-Brunet-Faure.

4- Les terrains de part et d'autre de la rue de Passerive appartenaient à des petits propriétaires dispersés. Les plus anciennes maisons avaient été construites vers le milieu du XX ème siècle aux deux extrémités (entrée de la rue côté chemin de la Ramée et sortie vers Plaisance autour de Grenouillette). Elles étaient entrecoupées de petits ateliers artisanaux installés de façon anarchique dans des hangars mal entretenus (traitement des plumes de volailles pour confectionner des oreillers ou édredons, champignonnière, revendeur de mazout etc..), une petite exploitation maraîchère s'était installée  proche de l'actuelle rue de la Luzerne après que les vaillants propriétaires aient enlevé à la main pierre par pierre les innombrables cailloux qui parsèment le sol de notre quartier, héritage des anciennes terrasses fluviales où seule la vigne pouvait survivre (d'où la dénomination de « graves » au sens bordelais du terme), enfin, au début du chemin de Grenouillette un élevage de poulets en grain permettait aux riverains d'acheter des volailles d'excellente qualité.
Les lotissements de la partie centrale de la rue de Passerive et des rues Cantegril, des Aulnes, de la Luzerne et des Coquelicots firent disparaître progressivement toute cette variété d'activités dans les années 80 .


L'ensemble du  périmètre de l'actuelle association « Les Vignes » avait donc jusque vers le milieu des années 80 une faible densité, les habitants n'avaient qu'un moyen pour se rendre au centre de Tournefeuille : l'avenue du Marquisat. Au-delà du  rond-point du serment de Koufra, il n'y avait là encore que des exploitations agricoles: élevage laitier du côté Touch et vergers de pommiers du côté Osseau, les peu nombreux voisins allaient acheter des kilos de pommes soit dans la ferme au fond du chemin de Bel-Air, soit dans celle actuellement occupée par le golf de la Ramée .
Les hangars de la Socamil étaient déjà là et avaient été construits par les frères Escoulan, l'entreprise avait la même activité commerciale qu'aujourd'hui : entrepôt et vente en gros de produits alimentaires dans les petites épiceries de toute la région.
L'immense verger de la Ramée fut acheté vers le milieu des années 70 par la Ville de Toulouse pour en faire une zone de loisirs, les deux lacs actuels furent alors creusés, ce qui provoqua une baisse de la nappe phréatique très sensible dans les puits ...
L'école Mirabeau ne fut créée qu'en 1988. Jusqu'à cette date les enfants du quartier allaient à l'école du Moulin à Vent ouverte en 1974, deuxième après celle du Château réservée aux enfants du centre-ville, cette nouvelle école accueillait donc tous les enfants des nouveaux quartiers; jusqu'au milieu des années 80 il n'y avait pas de bus scolaires, ç'étaient donc les parents qui se débrouillaient (beaucoup de co-voiturage) pour conduire les enfants de l'autre côté de Tournefeuille: on peut donc imaginer les embouteillages interminables dans la rue du Touch, seul moyen pour atteindre le centre-ville, et pire encore lorsqu'une crue du Touch (plus fréquente que maintenant) coupait le seul pont de Tournefeuille et nous obligeait à faire le détour par le chemin de Ferro-Lèbres !
Pas encore de collège, les adolescents de Tournefeuille étaient conduits en bus à celui de Cugnaux .
Pas de transport en commun, très peu de pistes cyclables (nous fûmes parmi les premiers à en réclamer, mais peu soutenus car seule la « bagnole » était dans l'air du temps !), pas de commerce en périphérie, seule la rue Gaston-Doumergue abritait quelques boutiques: deux épiceries, une quincaillerie, plusieurs boucheries, une charcuterie, deux boulangeries , deux coiffeurs, un marchand de journaux, une pharmacie...
Pour les loisirs et les spectacles (surtout scolaires) le foyer Roger-Panouse venait d'être terminé en 1969. L'Ecole de Musique commençait à peine à fonctionner au rez-de-chaussée de la Mairie. Les enfants du quartier (actuellement trentenaires et quadragénaires...) se retrouvaient pour jouer dans leur terrain d'aventures favori: le petit bois qui subsiste encore partiellement derrière l'actuelle impasse des Pampres. Notre quartier était vraiment le « Far West »!
Puis peu à peu au cours des années 80 et 90 le quartier commença à prendre sa physionomie actuelle avec les différents lotissements autour de la rue de Passerive, du prolongement de la rue des Graves, de la création de la rue Irma Brunet-Faure, de celle des impasses des Vignerons et des Pampres, des nouvelles rues Pasteur, Pierre et Marie-Curie, Lavoisier, Becquerel et Berthelot . Le pont de l'avenue Maréchal-Leclerc sur le Touch fut enfin construit désenclavant le quartier vers la route de Tarbes et le nouveau collège Labitrie. Un peu plus tard l'école Mirabeau émergea à son tour, en même temps que la création de la résidence du 3ème âge et du petit centre commercial facilitèrent la vie de quartier. Plusieurs associations éphémères se succédèrent pour réclamer des améliorations de voiries ou des réglementations de circulation et d'extension de la Socamil.
La première association inscrite dans la durée, car bâtie dans un souci de convivialité et de solidarité, a été l'actuelle « Association Les Vignes ». On ne peut que lui souhaiter longue vie!



24 Mars 2008                                                                                ______________ 

                                                                                                Jacqueline COUSINIE
                                                                                habitante du quartier depuis 1972
                                                                                ancienne professeur d'Histoire-Géographie
                                                                                ancienne Conseillère Municipale


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